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Page réactualisée le 28 septembre 2017

La faillite programmée de la religion.


«Il est minuit braves gens, Dieu vous garde, l'Eglise veille, dormez en paix...» Non, Dieu n'est pas cette organisation impersonnelle qui s'occupe de la logistique de l'Univers pendant que nous dormons, pas plus qu'il n'est une vue de l'esprit née du questionnement de l'homme. Et il n'est pas davantage une religion. La religion relève de l'histoire et de l'archéologie, mais Dieu relève du présent ! Il «Est», du verbe être—un verbe magnifié et conjugué au “plus que présent”. C'est sous cet éclairage qu'il s'est présenté aux hommes qui ont marché avec lui.[18] Si nous sommes des êtres dotés d'une vie naturelle et animale,[19] nous sommes en revanche vivants à Dieu par le don de son souffle-esprit,[20] et nous sommes gratifiés d'une existence immortelle parce que telle est sa volonté.[21] «En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis.» En prononçant ces mots,[22] Jésus a provoqué la fureur des adorateurs du verbe être au prétérit, qui ont immédiatement saisi des pierres dans l'intention de faire passer ce blasphémateur dérangeant, du présent dans leur histoire… C'est pourtant de cette façon que Dieu est notre Père, en étant présent dans nos vies,[23] présent dans l'instant qui passe. Jésus ne s'est pas attaché à établir la responsabilité de nos malheurs passés, mais il s'est en revanche investi pour nous restaurer dans le présent.[24] Il veut que nous soyons des hommes de l'instant ! En lui ouvrant notre vie et notre maison comme ses fils et ses filles, nous l'invitons à notre table[25] et il nous invite à la sienne.[26] Il devient ainsi le Dieu de tous nos instants.

J'ai lu, alors que j'étais fraîchement né dans la foi, un petit livre intitulé “De la prison à la louange” ( Puissance de la louange ), écrit par un militaire anglais devenu aumônier. Ce livre a bouleversé ma perspective résignée et empreinte d'auto-commisération d'ancien catholique. Il existe dans la Bible un texte merveilleux, annonciateur du caractère et de l'Esprit du Messie. Ce texte nous indique le domaine de son action dans nos vies, et c'est un texte qui m'a énormément aidé pour sortir d'un état d'abattement, lorsque j'étais encore marqué par un passage trop rapide à la vie d'adulte et par l'éviction forcée de mes rêves d'enfant. Ce texte se trouve dans Esaïe 61 : «L'Esprit du Seigneur est sur moi car l'Eternel m'a oint pour annoncer aux humiliés une bonne nouvelle. Oui, il m'a envoyé pour panser ceux qui ont le cœur brisé, pour annoncer aux captifs leur délivrance et à ceux qui sont prisonniers leur mise en liberté, pour proclamer l'année de la faveur de l'Eternel et un jour de rétribution pour notre Dieu, pour consoler tous ceux qui mènent deuil, et apporter à ceux qui, dans Sion, sont endeuillés, la splendeur au lieu de la cendre, pour mettre sur leur tête l'huile de l'allégresse au lieu du deuil, et pour les vêtir d'habits de louange au lieu d'un esprit abattu, afin qu'on les appelle: «Les chênes de justice, la plantation de l'Eternel qui manifeste sa splendeur».[26] Je voyageais un jour en train et je lisais dans ce livre de Merlin Carothers, un passage dans lequel il explique que l'original du texte mentionne un «esprit d'abattement», en d'autres termes : un «démon qui veut nous communiquer un esprit abattu». J'ai pu comprendre à ce moment là qu'un démon culturel et religieux m'avait affecté depuis mon enfance. Je lui ai alors commandé avec autorité de me quitter, et il l'a fait ! J'ai immédiatement senti une lourdeur me quitter, et en me saisissant par la foi de la promesse de cette huile de joie, j'ai commencé à louer Dieu dans mon coeur, de ce qu'il m'avait révélé au travers de cette lecture, une chose aussi importante : Nous ne devons pas laisser nos sentiments gouverner notre vie, et nous pouvons croire à la puissance de la parole de Dieu ! Et j'ai pu le vérifier à mainte reprise : Plus nous nous engageons dans l'Esprit de la louange, plus nous nous sentons joyeux et pleins de vie, et plus nous sommes forts. Ceci n'est pas le fait de nos sentiments, mais tient d'une décision. Car voyez-vous : le “senti” ment. Notre ressenti nous vient de notre ancienne nature, et si nous fondons notre vie sur ce que nous ressentons, nous donnons à Satan la possibilité de nous éloigner de cette guérison de l'esprit que Jésus veut nous apporter. Tu es peut-être accablé par une affliction et perdu dans ton introspection, ou tenté de blâmer Dieu pour cette souffrance que tu traînes avec toi depuis trop longtemps? Tu ne sais pas comment échapper à ces souffrances physiques ou morales qui te retiennent prisonnier ? Fais entrer Dieu dans le présent de ta situation, en commençant à le louer dès maintenant pour qui il Est : le Dieu d'amour, fidèle et sans l'ombre d'une variation, qui se tient à tes côtés. Et tu verras peut-être un miracle se produire ! …[27]

Il suffirait de croire? C'est en tout cas ce que laisse supposer la religion humaniste et sentimentale.[28] Il faut croire qu'il y a un seul Dieu, qu'il est le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, lui-même né d'une vierge et étant devenu le médiateur[29] d'une nouvelle alliance entre Dieu et l'homme. Jusqu'ici, la plupart des gens sont d'accord. D'aucuns[30] pensent cependant que notre Dieu est difficile à aborder dans sa sainteté, et que Jésus n'est pas toujours condescendant. Ceci, je pense, est particulièrement vrai si nous nous satisfaisons d'une religiosité vécue à un niveau épidermique. Le voile,[31] qui selon ces gens, subsiste entre Dieu et l'homme, justifie que nous recourions à des guides. Alors, Marie, dont il est la chair, se présente tout naturellement comme la médiatrice privilégiée de notre alliance avec Jésus. Les prêtres deviennent les administrateurs de notre communion au don de Dieu, et les saints sont autant d'intercesseurs disposés à nous obtenir des grâces. Le pape est le chef de l'église et l'administrateur de notre alliance avec la loi divine. En tant que successeur de Saint Pierre et dépositaire[32] des clés du Royaume des Cieux, il devient le garant de notre éternité. Placés sous d'aussi bons auspices, et pour autant que nous restions fidèles à l'enseignement et aux rites établis par notre sainte mère l'Église—la seule et véritable—, nous pourrons allègrement franchir les étapes qui nous séparent de l'Éternité. Bien sûr, il faudra tout de même que nos bonnes oeuvres aient pu contrebalancer nos petites trahisons…

Mais certains ont pu voir dans cet ordre, une résurgence de la cosmogonie païenne qui s'est de tout temps attachée à Israël. Les peuples environnants vénéraient en effet Astarté, la reine du ciel, et les Baal, qui sont les esprits nobles, les patriciens, les gardiens de la maison. On retrouve il est vrai un ordre similaire dans le “Septemviri epulonum” romain, officiant sous le patronage des déesses Vesta ou Concordia, qui est à l'origine du pontificat. Mais le culte de la Vierge Marie remonte en réalité aux débuts du christianisme grec, lorsque, dans la ville d'Ephèse, des chrétiens réfractaires à la vérité biblique transposèrent sur cette figure de l'Evangile le culte qu'ils vouaient à leur déesse Artémis. Alors, dans un souci de fidélité à ce qu'enseigne la Bible, cette réforme conduite par le moine Luther a voulu remettre l'Écriture au centre de l'enseignement et des célébrations, en balayant ces extensions inutiles et en restaurant certaines des valeurs qui avaient été changées au cours du temps. Mais sans toutefois savoir se départir de la totalité de cet héritage encombrant. Si l'homme n'a pas reçu sa filiation spirituelle et s'il n'est pas solidement enraciné[33] en Dieu, il aura beau rechercher une voie, même dans les Saintes Ecritures,[34] il va inévitablement sortir d'une ornière pour retomber dans une autre, échanger un système religieux pour un autre. La Bible est un ouvrage de nature spirituelle et elle peut réellement devenir une idole si nous l'explorons sans être renouvelé intellectuellement et sans être conduit[35] par l'Esprit dans son «rhema»,—dans sa révélation.[36] Cette révélation n'est pas une interprétation réductrice élaborée par un collège de théologiens, fussent-ils promus au rang de «pères de l'Eglise». Mais elle est une compréhension que Dieu accorde par l'Esprit prophétique à ceux qui peuvent l'entendre[37] et qui sont disposés à la faire fructifier.[38]

Sous la pression d'une émancipation inachevée, le mouvement de la Réforme a bientôt éclaté en de nombreux groupuscules. Ces mouvances, de tailles très variables, et au sein desquelles on a mis l'accent tantôt sur un aspect tantôt sur un autre de l'enseignement chrétien, affichent dans leurs dénominations ce qui les caractérise, et qu'elles estiment parfois être ce qui leur conférera un statut prééminent pour ne pas dire exclusif, au jour de l'avènement du Christ. D'où cette exclusion réciproque, ces groupes n'échangeant guère entre eux. Beaucoup de ces dénominations sont en réalité composées de personnes charmantes. Mais certaines sont clairement sectaires et ont sur leurs membres une influence redoutable. Qui n'a pas été consterné en constatant le lavage de cerveau dont certains adeptes du porte-à-porte ont fait l'objet? Dans ces communautés, on a souvent mis l'accent sur le respect du commandement, qu'on s'efforce d'appliquer à la lettre—un principe qui malheureusement se substitue à l'Esprit.[39] Ces communautés sont établies, pour certaines sur une succession apostolique, ou sur des divergences d'interprétation de la Bible, sur différents styles de leadership, sur un rite de passage ou sur une méthode à suivre pour devenir chrétien, sur telle affirmation sur l'identité[43] de Jésus Christ, ou sur une conception particulière de Dieu et de son Saint Esprit. D'autres se refusent au progrès, revendiquent la possibilité d'avoir plusieurs épouses, mettent en avant une révélation extra-biblique, fondent leur salut sur des préceptes[40] comme l'abstention de certains aliments[41] et le retour au jour de sabbat[42] institué originellement, qui fut il est vrai échangé pour le dimanche à la demande de l'empereur Constantin pour qu'il corresponde au jour du Dieu Mithra : le Soleil invaincu. Il est bien clair que ces préceptes ne sont pas tous mauvais en soi. Manger sain et bien nous reposer est propice à notre équilibre, autant physique que psychique et spirituel. Mais la focalisation se fait au détriment de la vue d'ensemble, et conduit invariablement vers des dérives.

Ces mouvements ont presque toujours à leur point de départ, un homme ou une femme—un prophète auquel on a accordé un statut égal voire supérieur à celui du Saint-Esprit. Le mouvement est né sous leur impulsion, et comme tout ce qui est de l'homme passe,[44] l'effervescence du début a bientôt fait place au culte des valeurs du passé. On s'efforce ensuite de faire perdurer la vision[45] du prophète en se focalisant sur elle, jusqu'à ce que l'étroitesse d'esprit soit si suffocante que la communauté va se disloquer, ou qu'elle essaimera en suivant un nouveau prophète qui aura su tirer parti de la situation. On retrouve très souvent dans ces communautés, une approche légaliste—qu'il ne faut surtout pas confondre avec le respect du fil à plomb divin, qui lui, reste une exigence universelle—, un légalisme qui est en contradiction avec le don de la grâce et du Saint-Esprit, ces dispensations étant en réalité appelées à se substituer[46] l'une à l'autre, car elles sont parfaitement antinomiques, l'ancienne étant l'image des réalités que la nouvelle a rendues concrètes. Ainsi, il faudra par exemple rechercher la valeur du sabbat[47] ailleurs que dans l'ordre des jours de la semaine, puisqu'il est lui aussi l'image d'une promesse à venir.[48] Si nous croyons que l'observance d'un jour de sabbat particulier, et l'abstinence de certains aliments,[49] sont nécessaire à notre salut, alors nous devrions également observer tous les autres[50] préceptes de la loi, à commencer par la circoncision,[51] et célébrer fidèlement les fêtes et les rites de la tradition juive, sinon nous ne serions pas en conformité avec ce que dit l'Ecriture. Mais il convient de se souvenir que la loi n'est pas Dieu. Elle nous fut donnée comme un pédagogue,[52] et la Bible nous dit explicitement que son but fut précisément de nous amener à accepter la justification qui s'obtient par la foi en Jésus-Christ, et qui correspond à entrer dans le sabbat des oeuvres religieuses. Car c'est là, dans la cessation de ces rites religieux qui préfiguraient le passage à l'alliance vivante qui maintenant est établie en Jésus Christ, et qui prend place lorsque nous sommes remplis du Saint Esprit, qu'est le véritable repos—le sabbat—dans lequel Dieu veut que nous entrions.[53]

Ainsi, vous pensiez peut-être que Dieu avait établi les religions? Non bien entendu, à l'exception cependant de la vôtre. Que dit la Bible à ce sujet? Moïse a voulu libérer le peuple d'Israël, afin qu'il soit un peuple d'hommes réellement libres, un peuple affranchi de toute tyrannie religieuse, mais également culturelle, comme l'était leur ancêtre Abraham après qu'il se soit sauvé de sa culture babylonienne, qui représentait la quintessence de la culture et de la religion de son temps. Mais le peuple issu d'Abraham était désormais trop imprégné par les schémas culturels de l'Egypte, après qu'il y ait séjourné pendant tout de même quatre cent ans ! Ce peuple n'était pas prêt à entrer dans sa terre promise, préfigurée par un territoire où coulent le lait et le miel—le lait de la parole spirituelle et le miel sauvage de la révélation—et qui correspondait à la reconquête de leur liberté spirituelle. Ce que le peuple voulait, c'est être libéré de l'oppression des Egyptiens afin de pouvoir vivre selon les désirs de leurs coeurs, et avoir suffisamment à manger.[54] Et lorsqu'ils s'aperçurent que les géants habitaient la terre qui leur était promise et qu'ils auraient à les combattre, et que par ailleurs ils furent confrontés à la sainteté du Dieu qui leur proposait son aide, les Israélites prirent peur. Ils s'écrièrent : «Nous ne pouvons pas supporter que Dieu s'adresse à nous de cette façon!»[55] La relation de confiance qu'avait entretenue Abraham avec Elohim, une relation amicale, empreinte d'un profond respect mutuel, était plus que ne pouvait assumer un peuple accoutumé à la servilité et habitué à murmurer contre leurs responsables. Aussi le peuple a-t'il demandé à Moïse de leur donner une religion, qui soit comme une interface entre eux et le Dieu qui les avait appelés. De cette façon ils seraient «comme les autres peuples» : un peuple placé sous la responsabilité de dirigeants religieux qui mouilleraient leur chemise, pendant qu'eux continueraient à vaquer à leurs petites affaires. Une demande à laquelle Moïse a partiellement accédé afin de proposer une alternative à l'adoration du veau d'or. Mais il l'a fait à contre-coeur. Car ensuite, tous ceux de cette génération qui était sortie d'Egypte, sont morts dans le désert sans avoir vu leur terre promise. Moïse lui-même en a eu l'esprit aigri, et il n'est pas entré en Terre Promise, du moins pas en tant que conducteur de son peuple. Plus tard, leurs descendants ont demandé à Samuel de leur donner un roi qui règne sur eux, «comme c'est le cas chez les autres peuples». «L'Éternel dit à Samuel: Écoute la voix du peuple dans tout ce qu'il te dira; car ce n'est pas toi qu'ils rejettent, c'est moi qu'ils rejettent, afin que je ne règne plus sur eux. Ils agissent à ton égard comme ils ont toujours agi depuis que je les ai fait monter d'Égypte jusqu'à ce jour; ils m'ont abandonné, pour servir d'autres dieux.»[54] Plus tard encore, Jésus est venu et il a dit: «Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages.»[56] Mais cette fois encore, les leaders du peuple n'en ont pas voulu. «Que ferons-nous? Car cet homme fait beaucoup de miracles. Si nous le laissons faire, tous croiront en lui, et les Romains viendront détruire et notre ville et notre nation.» … Comprenons que Jésus n'est pas cette religion politiquement correcte et conciliante que nous avons élaborée à partir de son enseignement. Mais Jésus est la porte par laquelle nous devons obligatoirement passer, si nous voulons acquérir notre liberté spirituelle! «Si vous demeurez dans ma parole, vous êtes vraiment mes disciples; vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira. … Si donc le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres»[57] La religion est le fait de Satan et le moyen pour lui de garder l'homme soumis à son contrôle en l'enfermant dans une croyance dogmatique et dans un système en apparence vertueux, mais en réalité pernicieux.[57a] Elle n'est pas seulement le stratagème qu'il a mis au point pour s'approprier l'adoration que l'homme destinait à son Dieu, mais elle constitue également le principal pilier de son pouvoir sur Terre.

Alors dans ce cas, me direz-vous peut-être, pourquoi Dieu ne balaie-t'il pas tout simplement les religions pour venir faire “schmolitz” avec nous? C'est justement ce qu'il a fait ! Jésus entrait dans les maisons et il mangeait avec les gens de mauvaise vie, alors pourquoi le Père serait-il différent de lui? … Dieu sait s'adapter à ce que nous sommes, afin de nous rejoindre. Mais il ne va pas s'installer dans notre condition ! Car il faut savoir que, dans son absolu, Dieu est trop saint pour voir le mal. Ce n'est pas qu'il soit susceptible, mais il est la perfection de toute chose. Il est au péché ce que le soleil est à l'ombre. Si un rayon laser traverse un diamant pur, il ne se passera rien. Mais si le diamant contient une impureté, celle-ci va s'échauffer et fera éclater le diamant. L'homme pécheur qui paraîtrait tel qu'il est dans la présence de Dieu serait aussitôt consumé.[58] La fonction du sacrificateur est donc d'intercéder en faveur du peuple, afin de le présenter à Dieu purifié de ses péchés—en d'autres termes, de nous rendre acceptable. Comment peut-on purifier d'une souillure? On ne le peut pas. L'âme qui pêche mourra, c'est une règle inéluctable. Mais dans son amour, Dieu avait conçu une solution de restauration, et ce dès la fondation du monde, avant même la création de l'homme.[59] Une vie parfaite allait pouvoir racheter une vie condamnée. Et c'est pourquoi, jadis, on prenait un animal parfait et on le sacrifiait comme un substitut. Abel fut agréé lorsqu'il sacrifia un agneau. Mais lorsque Caïn offrit les fruits de sa terre, son offrande fut rejetée… Pourquoi?

En réalité, ce geste qui consistait à répandre le sang d'un animal innocent et sans défaut, préfigurait le geste ultime : Dieu, donnant sa propre vie pour racheter sa créature. Pouvez-vous imaginer une chose plus folle, ou une histoire d'amour plus romantique? Dieu, ne pouvant pas se renier lui-même en acceptant l'homme dans la rébellion qui l'habite, plutôt que de voir mourir cet homme irrecevable, le rejoint dans sa condition d'homme et meurt à sa place… Que s'est-il passé lorsque Jésus est mort sur la croix? Dans Matthieu 27 nous lisons : «Depuis la sixième heure, jusqu'à la neuvième, il y eut des ténèbres sur toute la terre. Et vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c'est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Quelques-un de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, dirent: Il appelle Élie. Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge, qu'il remplit de vinaigre, et, l'ayant fixée à un roseau, il lui donna à boire. Mais les autres disaient: Laisse, voyons si Élie viendra le sauver. Jésus poussa de nouveau un grand cri, et rendit l'esprit. Et voici, le voile du temple se déchira en deux, depuis le haut jusqu'en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent, les sépulcres s'ouvrirent, et plusieurs corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent».[59a] Le récit nous rapporte plusieurs faits qui mériteraient d'être développés, mais le point central de la mort de Jésus est sans doute figuré par cet incident, survenu dans le temple.

Jésus, sur la croix, s'est écrié: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'abandonnes-tu?» Dieu qui l'habitait corporellement s'est effacé, afin que l'homme-Dieu connaisse notre mort… A ce moment précis, le rideau, qui dans le temple cachait le Saint des Saints à la vue des hommes, s'est déchiré du haut en bas ! Ce rideau avait fait partie de l’agencement du Tabernacle dont Moïse s’était vu dicter l'ordonnancement par Dieu, et plus tard, de celui du temple. Il mesurait quelque chose comme dix-huit mètres de haut, et était constitué de plusieurs couches de lin tissé et entrelacé, sur une épaisseur de douze centimètres. Fait de fil bleu, pourpre et cramoisi, on y avait représenté des chérubins redoutables, sans doute ceux que Dieu avait placés à l'entrée du Jardin d’Eden pour interdire l'accès à l’arbre de vie. Ce voile était si solide que des chevaux attelés de chaque côté n'auraient pas pu le déchirer. Mais lorsque le coeur de Jésus s’est déchiré et qu’il a rendu l'esprit, le voile qui séparait Dieu des hommes s’est en même temps déchiré. Dieu, qui jusque là avait gardé l’homme à distance de lui-même et de l’arbre de vie, allait maintenant s'offrir aux hommes en établissant avec eux une Alliance d'amitié. La mort ignominieuse de Jésus va nous permettre de réintégrer notre place dans le coeur de Dieu.

Il y a dans la Bible une très belle, et en même temps bien triste histoire. Cette histoire est celle de Joseph. Joseph avait reçu de Dieu des dons précieux, et il entretenait avec son père une relation privilégiée. Ses frères n'avaient pas su cultiver une telle intimité, et ils étaient devenus extrêmement jaloux de Joseph. Au point qu'ils le détestèrent. Un jour, alors qu'ils gardaient les troupeaux, ils imaginèrent un plan machiavélique. Leur père avait envoyé Joseph auprès d'eux pour leur apporter des vivres et pour prendre de leurs nouvelles. Mais ils virent là, l’occasion de lui faire payer son insolence. Ils le dépouillèrent de ses vêtements, l'insultèrent, puis le jetèrent dans une citerne. Mais comprenant que leur père ne leur pardonnerait jamais leur méchanceté à l’égard de leur frère, ils décidèrent finalement de le tuer et de prétendre qu'une bête sauvage l'avait rencontré en chemin. Il fut sauvé in extremis par son grand frère, en étant vendu à des caravaniers Ismaélites. Mais ce que ces hommes ont fait ce jour là allait marquer leurs consciences à jamais. Imaginez : cet adolescent, dénudé, couvert de boue, hurlant à ses frères pour qu'ils aient pitié de lui, et néanmoins emmené de force comme une marchandise, par des étrangers. Joseph avait quitté la tente douillette de ses parents ce matin là, et maintenant il comprenait qu'il ne les reverrait jamais plus, et qu'eux ne sauraient même pas ce qui lui était arrivé. D'une certaine façon, ce jour-là, Joseph est mort. Ses parents sont morts également lorsqu’ils ont appris qu’une bête l’avait dévoré, et ses frères sans doute aussi, lorsque leur animosité étant retombée, ils ont pris conscience de la gravité de ce qu'ils avaient fait. C'est un peu ce qui s'est passé avec Jésus. Les prêtres ont été pris de jalousie à son égard, alors ils l'ont rejeté comme ne faisant pas partie de leur race. Ils l'ont vendu aux Romains et ces derniers l'on mis à nu et l'ont insulté, avant de l'envoyer séjourner en enfer en lui faisant traverser d'atroces souffrances. Mais Dieu était avec Jésus, comme il avait été avec Joseph. Vous vous souvenez de l'arrivée des fils de Jacob en Egypte, lors de la famine, et comment ils sont reçus par le commandant de toute l'Egypte. Ils sont d’abord pris d’une grande crainte face à cet homme, puis de honte, lorsqu'ils doivent lui raconter l'histoire de leur famille, en ayant prenant soin d'en dissimuler une partie. Il y a ce crime qui reste sur la conscience d’Israël. Mais il y a en réalité en chaque homme, une honte, qui peut avoir plusieurs raisons. Nous avons certainement tous quelques souvenirs dont nous ne sommes pas fiers, mais il y a aussi une honte qui peut être un héritage culturel, ou même religieux. Et le monde étant ce qu'il est, il y a en chaque homme, un Joseph, un blessé, un souffrant, un molesté, un abusé, un rejeté, un exilé loin de Dieu et des siens. Mais la suite de l'histoire de Joseph est à la hauteur de ses souffrances : merveilleuse. Elle me fait monter les larmes pratiquement chaque fois que je la lis. «Joseph ne pouvait plus se contenir devant tous ceux qui l'entouraient. Il s'écria: Faites sortir tout le monde. Et il ne resta personne avec Joseph, quand il se fit connaître à ses frères. Il cria, en pleurant, et toute sa maison l'entendit. Joseph dit à ses frères : Approchez-vous de moi. Et ils s'approchèrent. Il dit: Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour être mené en Égypte. Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous». Genèse 45. Lorsque Joseph, pris d'émotion, décide finalement de sortir de ses appartements privés et qu'il révèle à ses frères qui il est, en leur ouvrant son coeur, il est comme ce Dieu le Père qui décide que maintenant, ça suffit, et qui sort du Saint des Saints en déchirant ce voile qui le séparait de ses enfants. Joseph s'était vu montrer en rêve le plan de Dieu pour sa vie, et Jésus savait également qu'il mourait afin que l'homme puisse vivre, en étant réconcilié avec son Dieu. Après sa résurrection, il dira à ses disciples : «C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. Alors il leur ouvrit l'esprit, afin qu'ils comprissent les Écritures. Et il leur dit : Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour, et que la repentance et le pardon des péchés seraient proclamés en son nom à toutes les nations, à commencer par Jérusalem». Luc 24.

Pour Dieu il y a un avant et il y a un après la mort de Jésus. Ce changement est tellement important à ses yeux qu'il me l'a montré spécifiquement en rêve. J’ai vu cette phrase, écrite sur un écran d’ordinateur : «Et voici, le voile du temple se déchira en deux depuis le haut jusqu'en bas». Et lorsqu’une main invisible a sélectionné le mot, «déchira», celui-ci s’est scindé en s'affichant en deux couleurs distinctes, comme si le mot devait être la charnière de l’Ancienne et de la Nouvelle alliance. Dieu veut absolument que nous soyons réconciliés avec lui, et il nous offre même sa Présence permanente et sa Vie, par le don de son Saint Esprit. Tout ce que nous avons à faire de notre côté, c’est accepter que Jésus soit mort pour nous. Quelle solution plus simple et plus accessible aurait t’il pu nous offrir? C’est pourquoi, toute tentative de nous approcher de Dieu par d'autres moyens, par des sacrifices, au travers de rites, par le mérite religieux, par l’ascèse ou la souffrance, au moyen de techniques d'initiation ou de méditation, constitue désormais une offense et le rejet de l’oeuvre que Jésus a accomplie en mourant sur la croix.

En supprimant ce voile, Dieu ne renonce pas à ses exigences pour nous offrir une grâce galvaudée et une liberté au rabais. Mais au travers de la mort sacrificielle de son fils Jésus, un sacrifice qu'il estime avoir satisfait à tous ses critères de justice, Dieu, se «dévoile» en se rendant désormais accessible aux hommes. Dans l'Epître aux Hébreux, au chapitre 10 verset 19, il est écrit : «Ainsi donc, frères, puisque nous avons, au moyen du sang de Jésus, une libre entrée dans le sanctuaire par la route nouvelle et vivante qu'il a inaugurée pour nous au travers du voile, c'est-à-dire, de sa chair, et puisque nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu, approchons nous avec un coeur sincère, dans la plénitude de la foi, les coeurs purifiés d'une mauvaise conscience et le corps lavé d'une eau pure».

* * * * *

Nous savons que la mort n'a pas pu le retenir, et Jésus, le guide et le sauveur des hommes, s’est effectivement vu confier la tâche d'être le grand-prêtre et le souverain sacrificateur de toute l’humanité,[60] une prêtrise qu'il exerce selon l'ordre des rois éternels en apportant son propre sang, et pas le sang des animaux comme les prêtres lévites dans la lignée de l'homme Aaron. Il siège désormais à la droite de Dieu, et il se tient là comme un agneau immolé, car il continue de s'offrir en sacrifice d'expiation[62] pour se substituer à notre jugement, jusqu'à ce que le temps de la grâce soit arrivé à son terme. C'est pourquoi, lorsque, sur un plan personnel, nous reconnaissons la valeur de cette mort sacrificielle en confessant à Dieu otre péché et en nous en détournant, Dieu nous couvre de ce sang. Il ne voit plus notre péché, mais nos taches sont désormais recouvertes du sang de son Fils, un sang par lequel il a scellé cette alliance de pardon qu'il nous invite maintenant à accepter. Alors, Dieu prend alors nos péchés, et il les jette au fond de “la mer de l'oubli”, nous déclarant non-coupables de nos péchés passés, présents, et des péchés auxquels nous n'échapperons pas ! Et dans la mesure où nous prenons en dégoût la nature du péché, nous sommes rendus dignes de paraître devant lui. Ce sang qui est répandu est également visible aux yeux du destructeur, qui devra passer son chemin sans pouvoir toucher à ceux qui en sont couverts. Dans Apocalypse 12, il est mentionné que les vainqueurs ont vaincu grâce au sang de l’Agneau et parce qu’ils ont revendiqué ce sang sur leur vie. Ce sont là les raisons pour lesquelles les chrétiens peuvent affirmer que ce sang leur est si précieux ! Car si le sang d'un agneau pascal placé sur le linteau des portes, permit aux Israélites d'échapper aux fléaux qui frappèrent l'Egypte, pour ensuite quitter sans encombre le fief des dominateurs matérialistes et des maîtres de l'occultisme, combien plus puissant est le sang de cette nouvelle alliance en Jésus, et combien plus nécessaire sera-t'il pour nous soustraire aux jugements qui vont s'abattre sur le monde, et pour que s'ouvre la mer de la colère des peuples qui retiennent injustement la vérité captive,[63] afin de permettre au peuple de Dieu d'en sortir pour rejoindre son lieu d'adoration, au désert…



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