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Le commandement nouveau.


Oui, mais… Il y a dans les Evangiles une parole[54] de Jésus qui reste très difficile à comprendre, me direz-vous peut-être. Il s'agit de ce passage où Jésus nous demande de continuer à observer tous les commandements, jusqu'au plus petit, et ce jusqu'à la fin du monde. C'est vrai, ceci est bien écrit dans la Bible. De prime abord, cette exigence peut sembler être en contradiction avec d'autres parties de l'enseignement de Jésus. Mais, plutôt que de vouloir trouver en nous-mêmes une explication douteuse à cette énigme, parcourons ce chapitre 5[55] de l'Evangile selon Matthieu en laissant la Bible expliquer la Bible. Le chapitre commence par une série de bénédictions peu banales et qui pourraient sembler mièvres à ceux qui sont habitués à traiter avec la loi. Vous savez : ce sont celles où Jésus nous dit entre autres : «Ne résistez pas à celui qui vous veut du mal; au contraire, si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l'autre.» Ces bénédictions sont ce que certains appellent les «béatitudes», ou le Sermon sur la montagne. Jésus nous parle ensuite de cette loi dite «des dix commandements» qui nous fut donnée par Dieu par l'entremise de Moïse, et que tous ont apprise dès leur plus jeune âge. Jésus explique que, bien que cette loi soit bonne, et bien qu'elle se soit multipliée en d'innombrable préceptes[56] pour parer à toute éventualité, elle reste néanmoins insuffisante car il reste possible de la flouer. En effet, si le coeur d'un homme est mal disposé, la loi ne lui sera d'aucun secours et ne servira qu'à protéger les autres de ses débordements. Il est par exemple possible de convoiter en son coeur la femme de son prochain, sans qu'au regard de la loi ceci constitue une situation d'adultère. Il est également possible de répudier sa femme sous le motif qu'elle ne nous plaît plus et d'en épouser une autre, sans que ceci constitue une transgression à la loi. On peut parfaitement haïr son voisin sans que ce sentiment soit assimilable à un meurtre.[57] Nous pouvons nous faire pardonner par Dieu en lui présentant une offrande d'expiation, sans avoir pour autant pardonné à notre prochain et sans nous être acquitté envers lui de nos offenses.[58] Il est aussi parfaitement admis que l'on fasse quelques tâches indispensables le jour du sabbat, comme emmener son boeuf ou son âne boire au puits, sans que personne ne s'en offense. Alors qu'on reprochait justement à Jésus d'avoir fait un miracle un jour de sabbat, pour délivrer une fille d'Abraham de son infirmité, afin qu'elle aussi puisse entrer dans le repos du sabbat—ou quand aux yeux des hommes, la loi attribuerait plus de valeur à un âne qu'à une précieuse vie humaine.

Mais Jésus affirme que celui qui a regardé une femme avec concupiscence, a commis un adultère avec elle dans son coeur. Que celui qui présente une offrande à Dieu sans s'être auparavant mis en ordre avec son prochain, est irrecevable. Et que celui qui traite son frère d'idiot est passible de l'enfer. Jésus ne se borne pas à mettre en évidence les failles qui dans l'application de cette loi extérieure, conduisent le peuple dans l'hypocrisie[59]—une loi qui selon l'Epître aux Hébreux, bien qu'étant bonne ne pouvait rendre parfait,[60] pas d'avantage que ne pouvait rendre juste le sacerdoce lévitique qui lui est rattaché.[61] Mais Jésus pose également une nouvelle exigence, en promettant l'héritage du Royaume de Dieu à ceux qui envisageront un chemin beaucoup plus étroit. Le chemin étroit n'est pas une forme d'intégrisme et l'application radicale d'une loi encore plus stricte, mais il se réfère à une loi très ancienne qui est encore inscrite dans le coeur de tous les hommes. Cette loi de Jésus, c'est tout simplement celle de l'Amour ![62] Eh oui, comme il est dit ailleurs : «Dieu a fait les hommes droits, mais ils ont cherché beaucoup de détours.»[63] Autrement dit : si les hommes avaient pu aimer Dieu et s'aimer les uns les autres d'une façon sincère, Dieu n'aurait pas vu la nécessité de leur imposer une loi extérieure à eux-mêmes. Mais parce-que l'homme déchu de sa relation à Dieu s'est néanmoins cru capable de comprendre et de décider par lui-même de ce qui est bien et de ce qui ne l'est pas,[63a] Dieu s'est vu contraint de le confronter à une loi qui est en réalité bien au-dessus de ses moyens, avec pour objectif de le ramener à des ambitions plus humbles et à la raison du coeur. Une intention dont l'homme n'a pas su saisir la portée, puisqu'il s'est contenté d'ériger cette loi en religion, quand il n'en a pas fait son dieu. Jésus affirme être venu, non pas pour abolir cette loi extérieure, mais pour l'accomplir. Et comment l'a-t'il accomplie? En aimant le monde au point de donner sa vie en rançon pour tous. Paul affirme que celui qui aime, a pleinement accompli la loi,[64] ce que confirment Jacques[65] et Jean.[66] Nous avons donc là nos trois témoins qui établissent ce point comme un fondement de la doctrine. Le prophète Jérémie a jadis prophétisé ce changement d'état :[67] Dieu inscrira sa loi dans l'esprit et dans les coeurs—, une véritable révolution ! Qui nous est également rappelée dans l'étonnante Epître aux Hébreux.[68]

Dans ce chapitre 5 de Matthieu, il nous est fait la démonstration de la motivation qui fut derrière chaque parole et chaque geste de Jésus. Que dit Jésus? «Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.»[70] Et Jésus nous invite à notre tour, à faire de l'amour de Dieu notre cheval de bataille et notre arme fatale dans la guerre des valeurs qui nous oppose au monde. Aimer à la façon dont Dieu notre Père Céleste nous aime, lui qui bénit les ingrats et les méchants avec les justes,[69] est la seule loi qui va nous rendre parfaits. En d'autres termes, en baptisant[71] les hommes dans l'Esprit qui aime et qui pardonne, Jésus a accompli la loi et les prophètes, et il l'a fait en réintégrant l'esprit de la loi extérieure dans le coeur de l'homme.[72] Il nous a montré le chemin de cette réunification en nous aimant de tout l'amour dont notre Créateur nous aime. Cet amour a conduit Jésus à braver nombre d'interdits basés sur la loi mosaïque, jusqu'à accepter la mort dégradante de la croix. Mais il l'a fait afin de démontrer la supériorité de la loi suprême. Lorsqu'il dit: «Si quelqu'un n'obéit pas à un seul de ces commandements—même s'il s'agit du moindre d'entre eux—et s'il apprend aux autres à faire de même, il sera lui-même considéré comme «le moindre» dans le royaume des cieux», il se réfère en réalité aux exigences qu'il vient d'énoncer, en mettant l'amour de Dieu et du prochain au sommet des commandements.

Il convient de ne pas oublier que Jésus[73] était aux côtés de Dieu lorsque le monde fut créé. En conséquence, rien de ce qui fut créé ne l'a été sans lui. Jésus a donc participé à l'élaboration des principes divins. Et ce nouveau commandement que, face aux propre-justes du légalisme religieux, notre Dieu inscrit de son doigt[74] sur ce qui est en réalité sa Terre, englobe et résume tous les autres commandements. Autrement dit : celui qui cherchera un prétexte—même dans la loi !—pour ne pas vouloir aimer son prochain[75] de tout son coeur, celui qui lui fera un tort quelconque ou qui lui refusera son amour ou son pardon, celui qui voudra l'humilier[76] ou qui prônera son ostracisation,[77] celui-là «sera médiocre dans le Royaume de Dieu». Et si quelqu'un, prétextant la loi, offensait[78] un de ces petits au point de le détourner du Royaume de Dieu, il devra répondre de sa vie. Au contraire, celui qui se portera au secours de son prochain et qui persévérera[79] dans le pardon[80], dans la confiance[81], en espérant[82] envers et contre tout et en se réjouissant de ce que la vérité et l'amour finalement triomphent, celui-là «sera considéré comme grand dans le Royaume des Cieux». Pourquoi avons-nous besoin d'explications aussi laborieuses pour un acte aussi simple que celui d'aimer notre prochain? Parce-que nous avons pris l'habitude d'esquiver nos responsabilités. «Oui, bon d'accord, mais qui est ce prochain?»[83] Jésus répondit à cette question par la parabole dite «du bon Samaritain»[84]. Cette parabole est riche en enseignements de toutes sortes, et nous pouvons d'ailleurs y déceler l'attitude secourable du Christ à notre égard. Mais pour prendre un raccourci : Notre prochain est la personne que les circonstances vont placer sur notre route. Ses malheurs peuvent être de tous ordres : financiers, santé, solitude, indigence, problèmes familiaux, affectifs, spirituels… Nous aurons toujours la possibilité de faire un détour pour éviter de croiser ce prochain. Ou alors, nous pourrons choisir de le rencontrer.

Car la rencontre est le mot clé du Royaume de Dieu. Mais nos yeux sont attirés par ce qui brille, au point que Jésus va devoir nous rappeler que lorsque nous rencontrons un pauvre, nous rencontrons également Celui qui l'a créé ! [84b] Un jour, Jésus prit avec lui trois de ses disciples et il les emmena sur une haute montagne.[85] Là, il fut transfiguré en leur présence. Puis Moïse et Elie leur apparurent, s'entretenant avec lui. Une voix se fit alors entendre : «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection: écoutez-le!». Les disciples hébétés proposèrent de dresser là trois tentes, une pour Moïse, une pour Elie et une pour Jésus. Mais à ce moment-là, Dieu cacha à leur vue Moïse et Elie, et ils ne virent que Jésus seul… La justice et la fidélité s'inclinent devant la grâce. C'est précisément cet ordre des choses qui est symbolisé dans le «propitiatoire», qui est ce couvercle posé sur l'Arche d'alliance sur lequel deux chérubins sont penchés sur l'arche, l'arche qui elle-même symbolise l'alliance que Dieu a faite avec l'homme par Jésus. «La bonté et la fidélité se rencontrent, la justice et la paix s'embrassent; la fidélité germe de la terre, et la justice regarde du haut des cieux.».[86] Moïse[87] et Elie[88] se sont tous deux rendus compte à un moment donné, que l'exigence de la justice et de la fidélité ne suffirait pas à changer le coeur des hommes, et ils se sont réjouis à la perspective prochaine du triomphe de la liberté d'aimer—de la grâce. A ceux de ses disciples qui étaient allés voir Jean au désert,[88a] Jésus donne un enseignement magistral sur le fond de notre nature humaine qui est toujours en quête d'une émulation capable de nous élever au-dessus de ce que nous sommes. Pourquoi vouloir rechercher l'émulation dans des propos religieux, alors que dans le fond, nous ne sommes même pas conscients des raisons cachées qui nous poussent à nous y intéresser, et qui nous conduiront invariablement à prendre des résolutions qui fondront comme neige au soleil? Jésus nous propose plutôt de croître en nous reposant dans la vérité et dans l'amour. «Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez du repos pour vos âmes. Car mon joug est doux, et mon fardeau léger.»[88b] Certains objecteront peut-être que si nous supprimons la peur de la punition, les gens vont vouloir vivre n'importe comment. C'est un risque mesuré que Dieu a accepté de prendre. Et ce qui se passe dans la réalité, c'est que vivre constamment sous la contrainte nous conduit justement à vouloir braver l'interdit, afin de tenter de nous libérer de son joug. Observons nos enfants : Plus nous les confrontons et plus ils nous tiennent tête. Vous pouvez écraser un ressort, mais au moindre relâchement il risque de vous sauter à la figure. La contrainte de la morale religieuse est la source de tous ces scandales qui éclaboussent la religion et qui font les titres des journaux. Le sens de la liberté d'aimer est inscrit en nous. C'est ce sens qui élève notre âme à Dieu et qui va faire grandir notre respect pour les autres. Car lorsque la grâce et l'amour peuvent reprendre un terrain libéré de toute contrainte,[89] nous commençons à voir à quoi ressemblera le Royaume de Dieu. «Faites pour les autres tout ce que vous voudriez qu'ils fassent pour vous, car c'est là tout l'enseignement de la Loi et des prophètes.»[90] Tel était le commandement incontournable et la règle d'or prônée par Jésus. Alors, si les actes et les propos religieux ne sont pas votre tasse de thé, il existe ce moyen simple et efficace de suivre Jésus jusque dans son paradis. Aimer notre prochain de tout notre coeur est en réalité le plus sûr moyen d'y parvenir. [91]



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